facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinrssinstagrammail

Publié le 13 juin 2015

Par : Dugué Dumond

« La valeur d’un homme ne se mesure pas à son argent, son statut ou ses possessions. La valeur d’un homme réside dans sa personnalité, sa sagesse, sa créativité, son courage, son indépendance et sa maturité ». Mark W.B. Britton

LE DIALECTICIEN

Je n’avais pas encore bouclé le cycle du Certificat d’Etudes Primaires lorsque mon cousin Fritz Boucicault commença à travailler avec moi. C’était au début des années 70, période de transition de la Papadocratie à la Bébédocratie. Déjà en classes secondaires au Collège St Pierre, il venait chez ma mère prendre le répit de la mi-journée. Vu mon jeune âge à l’époque, je ne comprenais pas grand-chose à mon environnement. C’était donc l’occasion pour lui de m’aider à appréhender les disparités économiques, les contradictions sociales et la nature dictatoriale de la dynastie des Duvalier. Ainsi, grâce à son enseignement, j’ai pu acquérir les bases nécessaires à une meilleure compréhension des grands courants d’idées qui circulaient au cours de mes jeunes années.

Fritz cultivait une technique humoristique lui permettant de transmettre un message. Son objectif était de réveiller en vous la conscience révolutionnaire. En d’autres termes, sa façon d’aborder les grands problèmes de ce lumpen prolétariat qui végétait dans la crasse en Haïti à l’époque, n’avait rien à voir avec la passivité. La formation intellectuelle et idéologique des jeunes était pour lui une affaire très importante. Il était question de conscientiser pour changer. Comment en serait-il autrement puisqu’il lisait avec passion pas mal de livres sur la Révolution d’Octobre et les divergences de vue entre Trotski, Staline et Lénine? Homme de principes, Fritz avait une discipline draconienne, un verbe, un charisme, qui faisaient de lui un leader à nul autre pareil.

LE TALENTUEUX

En dehors de ce portrait austère de militant, Fritz était aussi un bon vivant. A ses heures perdues, il aimait jouer de la guitare. Chez lui à Martissant, il était le premier à me montrer à taper sur les cordes de cet instrument. Il excellait surtout dans l’interprétation des tubes du Compas haïtien. Son frère ainé, feu Wilner Boucicault, était le manager du groupe “Samba Jazz”, donc Fritz avait à sa disposition les instruments du groupe. Au fil du temps, il commença à interpréter en jouant de la guitare Jean Ferrat qui chantait les textes d’amour engagés d’Aragon.

LE PATRIOTE

Oui! Fritz était un patriote. Pour preuve, au cours des années 80, il visitait souvent les Etats-Unis où il avait une base familiale prête à l’héberger définitivement. Un choix qui aurait fait de lui l’un des fameux professeurs en terre étrangère avec tous les bénéfices économiques que cela entraînerait. Non! Il a choisi de retourner dans son pays pour continuer à jouer son rôle d’éducateur pour le changement.

POUR TA MEMOIRE

Malgré l’effritement de l’idéologie marxiste incrustée dans mon cerveau, tu m’appelais toujours “collègue camoquin” quand on se rencontrait. Si les illusions perdues ont fait de moi un autre homme, toi, mon cousin, tu as su rester conséquent avec tes convictions, du moins, jusqu’à peut-être la dernière fois que je t’ai visité en Haïti (2002) après avoir passé plus d’une dizaine d’années aux Etats-Unis.

Que ton âme repose en paix!

contact@haitialternative.org


facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinmail