facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinrssinstagrammail

Publié le 8 juin 2015

Par : Wilfrid Supréna

haitialternative-elections-martelly-Adieu Camarade Hommage au professeur Fritz Boucicault3-politics-laurent lamothe-castro desroches-jocelyn germinal-les enfants malades de papa doc

Bèk Fè n’est plus ! Je suis dévasté. Bèk Fè, c’était le nom de combat de Fritz Boucicault. Passé minuit, quand j’ai lu « Frid, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer concernant Fritz Boucicault », j’ai immédiatement compris que le camarade venait de nous quitter pour toujours. Alors des images et des sons ont soudainement commencé à déferler dans ma tête. Des images d’étudiants! Des images et des sons de professeurs!

Etudiants? Nous n’étions pas nombreux. Une quarantaine, pas plus! Présents aux examens d’entrée dans la grande salle de cette bâtisse privée, sise à la Ruelle Miot, Turgeau. On attendit les résultats avec anxiété. Après deux semaines d’attente, j’ai dû retourner dans mon patelin, au Cap Haïtien. Le même jour, dans la soirée, j’avais rendez-vous à la Téléco de ma ville natale. Bonne nouvelle: j’étais parmi les cinq (5) étudiants admis d’emblée pour entamer L’Année Préparatoire à cette prestigieuse institution qui formait les plus belles têtes dans notre pays pendant plus de trois décennies déjà. Les autres? Ils étaient là mais comme “auditeurs”.

Des images de René Piquion, le doyen, de Willio Noailles, le Secrétaire Général, de la Secrétaire dactylographe, une grosse dame, Mama qu’elle s’appelait et de Carlo le messager….Des images et des sons gutturaux des professeurs qu’on aimait ou qu’on n’aimait pas: les discrets : Pradel Pompilus, Hénock Trouillot, Edris St Armand, Roger Gaillard, Roger Petit-Frère, Ernst Bernardin et deux français, Dominique Cédille et Pirovaneau; Les grandiloquents : Jean Claude (ainsi connu) de Jacmel et Mervilus, le prof d’espagnol et de Brun, prof d’Anglais tous deux anciens militaires et “camoquins” disions-nous sous le boisseau…

Des images de ces jeunes étudiants ayant décidé finalement de se rattraper dans cette noble enceinte destinée à former, à éduquer après plusieurs tentatives et échecs dans d’autres facultés mieux cotées…

Je l’ai revue hier soir, l’image de Bèk Fè. Il était en 1ère ou en 2ème année, je ne savais plus. A la gare routière du Cap et de Jacmel au bas de la Rue des Césars à l’époque…Je l’ai approché puisqu’un camarade de promotion avec qui je me suis lié d’amitié dès les premiers jours de classe me parlait assez souvent de lui. Je lui ai parlé du Cap, d’Oswald Durand, de Demesvar Delorme, de Jean Price Mars et aussi de Merisier Jeannis. Il ne paraissait nullement intéressé…..Intrigué, je l’étais. On se voyait, on se saluait. Mais on ne se parlait pas.

La glace a été rompue quand j’ai été invité par notre ami commun à passer chez lui à Martissant 7. J’ai été frappé dès le premier jour par son langage franc, direct, sans fioritures, un rire gras, énorme, sans détours mais contagieux. C’est chez lui que j’ai rencontré l’un des Martyrs de Fort Dimanche après 7 février 1986: Fred Coriolan. Viennent pendant plusieurs années après nos randonnées dominicales à Delmas 66 pour des sessions d’études théoriques des ouvrages de Martha, de Gérard, de Fanon, Cabral, Ziegler…On lisait toute la collection des Maspero. On récitait par cœur des passages entiers de “Principes Elémentaires de Philosophie” de Georges Politzer. Discipliné, il l’était. Ponctualité, son maître mot. Mais, nous étions foudroyés tous, de temps à autre, par ses critiques acerbes. Il ne ménageait ni la chèvre ni le chou. Il allait droit au but et vilipendait nos comportements de petits bourgeois, notre orgueil petit bourgeois, nos bassesses, nos hypocrisies, notre audace, nos traîtrises de petits bourgeois. Et quand nous répliquions par des attaques individuelles contre sa personne. Il riait fort : « Je n’ai rien contre toi, personnellement, un tel, je m’attaque au système ».

haitialternative-elections-martelly-Adieu Camarade Hommage au professeur Fritz Boucicault4-politics-laurent lamothe-castro desroches-jocelyn germinal-les enfants malades de papa doc

A C’est bien lui, notre “Bèk fè”, celui qui vient de nous faire ses adieux. Même dans nos moments de division, il gardait son calme et sa sérénité. Quand je l’ai rencontré en 2006, nous avions passé toute une matinée ressassant les bons et les mauvais moments, les erreurs et les victoires et surtout notre déception…Il m’a dit qu’il fumait et buvait moins. Nous avons parlé de l’infarctus du myocarde, des poussées artérielles autour de deux verres et une bouteille de Barbancourt. Je ne pouvais pas me déplacer. Il ne voulait pas s’en aller. Après chaque embrassade et accolade, un récit, une anecdote qu’on avait oubliés et un “réactionnaire” qu’on n’a pas mentionné.

Ce matin, c’était comme au moment de la mort de Fred Coriolan par devant le Fort Dimanche, je n’arrive pas à chasser mes peines et mes pleurs. Enfin, j’ai toujours pensé qu’on allait tous se revoir un jour à la rue Lamarre, la belle équipe, au Collège Frères Joseph pour préparer la meilleure alternative possible qui cadrerait avec nos rêves de jeunes étudiants planifiant pour un pays qui redeviendrait digne, réellement indépendant et prospère…

Dors en Paix, Camarade Fritz Boucicault A.K.A. Bèk Fè. Tu vas nous manquer beaucoup, à Castro et à moi.

contact@haitialternative.org


facebooktwittergoogle_pluspinterestlinkedinmail