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Publié dans Le Nouvelliste le 20 mai 2015

zomangay@hotmail.com

Bloc-Notes

Il est vrai qu’avant d’être «élu président de la République, Michel Martelly était plutôt connu pour un certain sens de l’injure et de l’utilisation de la vulgarité comme élément de sa pratique artistique. On pourrait donc dire que nul n’échappe à son naturel ou à ses habitudes. On pourrait dire aussi qu’un homme a droit à la colère, et qu’un homme en colère contrôle mal ses propos et peut aller jusqu’à traiter une vierge de prostituée ou un saint de sataniste. Ce sont des choses que font les citoyens ordinaires. Le problème est que Michel Martelly n’a plus le droit à certaines fautes de goût ou de langage qui sont le privilège des citoyens ordinaires.

Le président de la République, en colère ou pas, vulgaire par habitude ou par tempérament ou pas, n’a pas le droit d’accuser les citoyens qui lui payent ses émoluments (et qu’il a la charge de servir et de respecter) de constituer une communauté de voleurs qui serait vite venue l’assauter s’il avait reçu du président Hollande la somme équivalant au montant de l’injuste « dette de l’indépendance ». Admettons que le président pense qu’il est mieux d’obtenir l’aide de la France dans le domaine spécifique de l’éducation que de lui réclamer telle somme d’argent. C’est un point de vue politique défendable. Mais faut-il qu’il l’exprime dans des termes injurieux à l’endroit de toute une nation ! C’est salir Haïti, les Haïtiens.

Dans ce cas précis, c’est surtout salir la présidence. Car cela met en danger l’image déjà fragile de cette institution. Celui qui lance la première injure doit s’attendre au choc du boomerang. Les Haïtiens, tous des voleurs ? Donc, le premier d’entre eux n’échappe pas au lot et ne peut être que le chef de la bande. Et puis, cette habitude qu’ont les gens de prêter aux autres les traits et les comportements qui les caractérisent. Le président reproche-t-il aux Haïtiens d’avoir envie de faire ce qu’il ferait s’il était à leur place ? Voilà le genre de remarques auxquelles s’expose le chef de l’Etat quand il se met à crier tout et n’importe quoi sur un ton digne de l’hystérique. C’est salir inutilement la présidence.

Et puis, ce ne sont pas « les Haïtiens » qui ont libéré, en violant les procédures et les lois, tel criminel notoire. Ce ne sont pas « les Haïtiens » qui ont menti sur leur nationalité. Ce ne sont pas « les Haïtiens » qui, sans titre ni qualité, ont géré des fonds publics, dans des programmes dont la création, le fonctionnement et la gestion ne répondent ni aux prescrits constitutionnels ni aux normes administratives. Ce ne sont pas les « Haïtiens » qui entendent utiliser le pouvoir politique pour se saisir des biens de tel voisin. On pourrait continuer longtemps dans l’énumération des exactions et gabegies ayant rendu célèbres proches et sbires du président. Lancer des injures « aux Haïtiens », c’est trop parler de corde dans la maison des pendus, et rappeler à nos bons souvenirs un triste exemple qui vient d’en haut.

Il est grand temps de remettre de la dignité dans le discours politique. Des idées contraires, des idéologies politiques contraires. Mais pas ces cris (et s’ils viennent d’adversaires du pouvoir actuel, il faut aussi le leur rappeler), ces injures, ces éclats hystériques, ce laisser-aller qui font sale, vulgaire, qui avilissent qui les affiche et ceux à qui ils s’adressent.

S’il vous plaît, monsieur le président, un peu de tenue. Que nous puissions vous le rendre. La politique peut être aussi le territoire de la civilité. Restons polis. Déjà, ayez l’humilité de dire que vous regrettez des propos ayant débordé votre pensée. Et, politesse oblige, nous accepterons vos excuses. Antoine Lyonel Trouillot

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